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Captain Future Fans Forum Index du Forum Fan fictions [cadavre exquis] Les visages de mon ennemie (troisième partie)
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Dim 15 Déc 2013 - 21:17
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limeye
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Sujet du message: [cadavre exquis] Les visages de mon ennemie (troisième partie)
Quand Maëva ouvrit les yeux ce matin-là, elle se demanda pendant un moment où elle se trouvait. Une pâle lueur entrait dans la petite chambre où elle dormait. Elle mit quelques longues secondes à réaliser que c'était le Soleil qui se levait. Le Soleil. Certes, ils l'avaient vu durant le voyage à bord du Phénix, mais il lui semblait que cela faisait une éternité qu'elle n'avait pas assisté à un lever de Soleil. Elle voulut quitter le lit, pour jeter un coup d'oeil par la fenêtre, mais un bras la retint. Elle sourit dans l'ombre qui s'effaçait lentement. C'était celui d'Andrew. Cette nuit, enfin, ils avaient pu dormir ensemble et elle se sentait heureuse comme elle aurait pensé ne plus pouvoir l'être il y a encore quelques semaines, quand la vie était si dure, quand leurs vies étaient menacées sur le Météore.

Andrew dormait profondément, elle se dit qu'ils avaient tous vraiment besoin de sommeil, même les hommes les plus aguerris parmi les pirates avaient certainement apprécié la nuit qui venait de s'écouler.

Avant de retomber dans le sommeil, elle songea à la fin du voyage et à leur arrivée, un peu épique, sur Tyrial.

Les dernières heures avaient été difficiles, Grag pilotait au mieux dans les anneaux. Ils n'avaient pas été inquiétés par les forces de Guggenheim qui se trouvaient sur Titan, et bien vite, ils avaient laissé les lueurs du combat derrière eux. Mais il leur avait fallu près d'une dizaine d'heures pour atteindre l'astéroïde, une des bases des pirates. Berenson, au grand soulagement de tous, avait supporté le voyage et à peine avaient-ils atterri que Kim avait ordonné qu'il soit conduit au petit hôpital de leur base. Simon avait accompagné le blessé, et quand le professeur était revenu un peu plus tard, il avait simplement dit qu'il se trouvait entre de bonnes mains. Simon avait aussi pu faire savoir à Maëva que l'hôpital n'était certes pas bien grand, mais qu'il était très bien équipé, et que les quelques médecins qui y travaillaient pouvaient pratiquer des opérations très complexes, et réaliser tous les examens possibles.

Maëva se revoyait encore descendre de la rampe du vaisseau avec Joan, Curtis, Otho et Andrew. Grag était resté aux commandes, Ezra suivrait derrière un peu plus tard, avec les ingénieurs. Kim était descendu le premier. Face à lui, une petite foule de gens comme on aurait pu s'y attendre sur n'importe quelle autre petite planète. Hommes, femmes, enfants, chacun observait avec intérêt, curiosité et parfois, un peu d'inquiétude, l'étrange vaisseau qui venait de se poser sur le petit astroport.

- Kim ! Vieux filou ! Mais d'où sors-tu ?

Un homme assez grand, d'une bonne trentaine d'années, s'était avancé. Avant même que le chef pirate puisse répondre, une toute jeune fille s'était précipité et lui avait sauté au cou. Maëva ne lui donnait pas vingt ans, elle en avait tout juste 19.

- Oncle Kim ! Oncle Kim !
- Oh, doucement, Myriam. Doucement. Hé, petite, je suis bien content de te revoir !
- Où est Thomas ? Mickey ?

Le regard de Kim se voila de tristesse, alors, la jeune Myriam comprit.

- Je n'ai pas pu les ramener. Pas cette fois, petite. Mais c'est une très longue histoire, et nous revenons de l'enfer. Ecoutez-moi tous !

La foule l'entoura, et alors que les hommes continuaient à sortir du vaisseau, Kim expliqua d'une voix grave :

- Il nous est arrivé beaucoup de choses, et nous aurons le temps de nous raconter toute cette étrange aventure durant les prochaines heures, les prochains jours. Je vais en surprendre plus d'un, plus d'une ici, mais je vous demande de réserver le meilleur accueil à ceux sans lesquels aucun d'entre nous ne serait revenu vivant, le Capitaine Flam, son équipe, ainsi que tout un groupe d'ingénieurs et de policiers.

En entendant le nom du Capitaine, un murmure courut parmi la foule. Il était bien le dernier homme que l'on aurait imaginé voir un jour sur Tyrial, et qui plus est, présenté comme Kim l'avait fait. Curtis s'avança et les salua simplement.

- C'est en effet une longue aventure, et elle est loin d'être terminée. Néanmoins, je peux dire au nom de tous, que l'on soit ex-prisonnier, gardien, policier ou Futurmen, que nous sommes soulagés d'être arrivés à bon port. Je vous remercie de votre accueil.

Kim se tourna à nouveau vers Myriam :

- Petite, on va avoir du monde à la maison ce soir. Je compte sur toi pour préparer toutes les chambres. Maintenant, je vous laisse tous vous retrouver.

Les familles se pressaient en effet, certains ex-mutins retrouvaient les leurs avec bonheur, et Joan et Maëva se sentirent émues en assistant à bien des retrouvailles, des embrassades, en voyant des enfants rire, sauter au cou de leurs pères, frères, oncles...

Curtis était retourné auprès de Joan, avait passé son bras autour de sa taille, sans la serrer pour autant ostensiblement. Elle avait supporté aussi bien que possible les dernières heures du voyage, mais elle avait eu besoin de l'aide de Maëva pour faire face à quelques nausées. Elle était un peu pâle, mais il la sentit calme, détendue. Kim s'approcha d'eux et dit :

- Capitaine, si vous voulez bien me faire l'honneur de ma modeste demeure, c'est avec plaisir que je vous y accueillerai avec Miss Randall. Je peux loger une partie de l'équipe.
- Je vais demander à Otho et Grag de rester au vaisseau, on ne sait jamais, dit-il en jetant un oeil de côté.

Kim suivit son regard et comprit : un peu à l'écart se tenaient Murdoch et Ivanov, Willis et les autres gardiens que Norton avaient menacés se trouvaient quant à eux encore proches du vaisseau, n'osant trop s'avancer.

- On va les surveiller, je sais qu'ici, on ne peut invoquer la loi interplanétaire, mais je vais prévenir Arko de s'en occuper.

Arko était l'homme qui s'était avancé en premier et que Myriam avait interrompu. C'était aussi l'un des beaux-frères de Grabo, lequel était, pour l'heure, entouré par ses deux soeurs et trois jeunes neveux.

Et c'est ainsi que finalement, Ezra, Andrew, Maëva, Joan et Curtis furent hébergés chez Kim, ainsi que Nekiri, dont la famille, elle, se trouvait sur Jupiter. A peine était-elle retournée chez elle, que Myriam avait mis la maison sens dessus dessous, s'activant en cuisine, préparant les chambres, dressant la table. Maëva s'était proposée aussitôt pour l'aider, et la jeune fille avait failli refuser, sauf qu'un regard un peu appuyé et un grand sourire de la jeune docteur lui avaient finalement fait accepter son aide. Tous les non-prisonniers avaient été accueillis qui chez Grabo ou ses soeurs, qui dans la famille d'Okapaï. C'était chez ce dernier que se trouvait entre autres George Mac Clinton. Malgré la fatigue des dernières heures du voyage, des rires et des cris de joie résonnèrent longtemps dans la petite cité.

La maison où vivait Myriam, et que Kim considérait comme le rare endroit qu'il pouvait aussi qualifier de "maison" pour lui-même, était située un peu à l'écart de la cité, du côté opposé à l'astroport. Néanmoins, comme la petite ville n'était pas très étendue, ils ne mirent qu'une dizaine de minutes pour s'y rendre. Assez grande, comptant deux étages, elle était chaleureuse et spacieuse. Un petit jardin, bien entretenu, en faisait le tour. En chemin, Kim Ivan expliqua :

- C'est là que ma soeur vivait, jusqu'à sa mort il y a trois ans. Elle était la mère de Mickey, Thomas et Myriam. Maintenant, ma seule famille, c'est cette petite.
- Alors, il va falloir que vous preniez soin d'elle, Kim, dit doucement Curtis.
- Ouais. Comme qui dirait qu'il va pas falloir que je fasse trop l'imbécile, mais je sais qu'ici, il y aura suffisamment de monde pour prendre soin d'elle si je venais à disparaître. Aucune des soeurs de Grabo, notamment, ni la femme d'Okapaï ou encore les parents de Timarrow ne la laisseraient dans le besoin. Et puis, j'ai assuré son avenir, vous pouvez me faire confiance, Capitaine.
- Je n'en doute pas, répondit ce dernier, comprenant parfaitement ce que le chef pirate voulait dire.

Le repas préparé par Myriam était simple, mais après des semaines à se nourrir un peu comme ils le pouvaient, avec ce qu'ils trouvaient, il leur fit l'impression d'un véritable festin. Joan fut la première à quitter la tablée, s'excusant auprès de leur jeune hôtesse, mais elle s'endormait littéralement dans son assiette. Myriam la guida à l'étage, la menant jusqu'à une chambre assez grande, meublée simplement, mais avec goût, avec une petite salle de bains attenante.

- C'est là, Miss. J'espère que vous passerez une bonne nuit. S'il vous manque quelque chose... j'ai trouvé des vêtements qui devraient vous aller, pour demain.
- Merci, Myriam, mais... je peux te demander quelque chose ?
- Oui, bien sûr, répondit la jeune fille.
- Appelle-moi Joan, s'il te plait, et tutoyons-nous.

Myriam hésita un instant, puis lui sourit.

- D'accord. Je te souhaite une bonne nuit, Joan.
- Merci, Myriam, pour toi aussi.

Puis Myriam referma la porte et Joan se retrouva seule. Elle observa un moment la pièce, sans bouger, puis gagna la salle de bains. Elle laissa tomber sur le sol son uniforme qui lui parut soudain bien usé, sale et très inconfortable. Elle se glissa avec délices sous la douche, se rappelant qu'elle s'était à peine débarbouillée à bord du Phénix. Le savon, le shampoing lui parurent avoir un parfum incroyablement délicat et léger, la serviette dans laquelle elle s'enveloppa être d'une douceur dont elle n'aurait pu rêver. Elle se glissa, nue, entre les draps et s'endormit aussitôt, elle ne bougea même pas quand Curtis la rejoignit deux heures plus tard, ne l'entendit pas se doucher à son tour, et ne remarqua pas le moins du monde qu'il se couchait à ses côtés, enfin. Ce ne fut que dans la nuit, en se tournant, qu'elle sentit deux bras l'enserrer, une bouche chercher ses lèvres, un corps se fondre contre le sien.


Limeye
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L'héroïsme est peu de chose, le bonheur est plus difficile (A. Camus)
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Dim 15 Déc 2013 - 21:17
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Dim 15 Déc 2013 - 21:19
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Sujet du message: [cadavre exquis] Les visages de mon ennemie (troisième partie)
2 jours plus tôt sur Phoèbe…

- Colonel Watson, j’ai réussi à percer discrètement les dispositifs de protection des réseaux de communication de Titan, Japet, du Nord de Saturne, Uranus, Neptune et Pluton en prenant soin de ne cibler que des points de réception sécurisés secondaires utilisés par des particuliers. La vidéo a été transmise avec un succès partiel. Il m’est encore impossible de transmettre par delà Jupiter. Dit Jennings

- La répression pourrait néanmoins se renforcer sur Japet, Titan et les autres zones occupées par les forces de Guggenheim. Dit la colonel Watson. Continuez de votre côté à bloquer les transmissions envoyées par les forces de Guggenheim des planètes occupées.

- Ne vous inquiétez pas colonel. Dit Jennings. J’ai la liste des effectifs sur Japet et Titan. J’ai identifié et évité les points de réception utilisés par les officiers.

- Tout est bloqué pour les forces de Guggenheim jusqu’à Jupiter colonel. Dit le capitaine Buckley.

- J’espère que nous pourrons faire le même genre de tour de force que vous deux quand nous serons sur Uranus messieurs. Dit la capitaine D’Issa. Ha! Harris, Majorek, votre déguisement est réussi. Si je ne savais pas que c’est vous, je vous prendrais vraiment pour des Uraniens! Vous de même Colonel. Ajouta-t-elle.

- Des Uraniens un peu maigrichons et nabots, si nous nous comparons à vous Capitaine, non? Demanda Isabella, faisant allusion au mètre 90 et à la constitution de la capitaine.

- Nous somme de tailles et constitutions assez disparates. Vous passerez inaperçus. Dit la capitaine D’Issa.

« Espérons-le. » Pensa Isabella. « Je suis sûre que c'est sur Uranus que William a été tué bien qu'on ait retrouvé son corps sur Mars. La boucle doit donc bientôt se boucler. Il est temps, grand temps d’en finir avec ce trafic du Daminthor. La volonté, le stoïcisme et la profondeur des convictions permet de résister à ses effets pendant un certain temps, un certain temps seulement. »

- Le Daminthor en rayon installé sur des vaisseaux ennemis représenterait un danger mortel pour nos flottes. Dit Isabella

- Richard Guggenheim est vraiment le diable en personne. Dit Jennings. Mais il n’est pas invulnérable. Vous avez vu comment il a accusé le coup et s’est tenue la poitrine quand Mme Bonnell lui a arraché son insigne? Comme si on lui avait enlevé quelque chose de vital pour sa survie. Je n’ai pas non plus vu beaucoup de hors d’œuvres à sa « petite fête ».

- Je ne me souviens pas avoir vu mon oncle manger. Dit Isabella.

- Je crois que les hors d’œuvres étaient ces pauvres diables à l’extérieur de cette coupole. Rétorqua le capitaine Buckley.

-Cela signifierait que Guggenheim est entièrement dépendant des forces vitales absorbées par le Daminthor. Conclût la colonel Watson. Une information qu’il a sûrement négligé de transmettre à ses comparses. Si on réussit notre coup de neutraliser la production du Daminthor, on va avoir une tripotée de ronds de cuirs qui risquent de devenir fous furieux à cause d’un manque!

- C’est pour cela qu’il faut aussi retrouver la Dr. Balah Ahr et lui demander son aide pour perfectionner un remède. Dit Isabella.

- Au moins, grâce à mes derniers relevés des activités des entreprises Heimer sur Uranus, aux informations de William Randall et celles contenues dans l’Uranus Times du 8 juillet, nous savons au moins où nous devons concentrer nos recherches. Dit la capitaine d’Issa.

- Mesdames, Monsieur, Il est maintenant temps de monter à bord du Comet. Dit la Colonel Watson.

- Soyez prudents. Dit Jennings. Il fit une accolade embarrassée à Isabella.

- Surtout revenez-nous en un seul morceau! Dit le Capitaine Buckley.

- Tenez le fort jusqu’à notre retour. Dit la colonel Watson.

Peu après, dans l’astroport de Phoèbe. Ils furent accueillis par le Général Grant et l’Amiral Abel Théron, un Uranien de 55 ans.

-Ah c’est vraiment à s’y méprendre. Les déguisements sont vraiment bien réussis. N’est-ce pas Grant? S’enquit Théron.

- Sans ces déguisements et le camouflage holographique pour le Comet, leur mission serait quasi suicidaire, Amiral. Rétorqua Grant. Il regardait Isabella d’un air inquiet. Souvenez-vous que c’est là que, vraisemblablement, le capitaine Randall a été tué. Les vrais auteurs de ce meurtre n’ont certainement pas perdu la mémoire eux. Ajouta-t-il.

- Que cette affaire pourrie soit enfin résolue est essentielle à notre survie à tous, mon général. Dit le colonel Watson. Bonne chance à vous, Amiral, général.

- C’est vraiment l’heure où les convictions doivent être stoïques et profondes messieurs. Dit Isabella.

- C’est ainsi depuis un moment madame Randall. Dit l’amiral Théron en s'inclinant respectueusement.

« Surtout pour vous…Isabella. Revenez-nous en vie. Vous avez plus en ce monde que vous ne le croyez! » Pensa le général Grant.

Tous gagnèrent leurs vaisseaux respectifs. L’amiral Théron à bord de l’intercepteur et le général Grant à bord du Blue Wave avec quelques autres croiseurs.

Ils engagèrent un combat destiné à permettre au Comet de passer inaperçu. Chose étrange, les vaisseaux ennemis donnaient le change mais sans plus. Ils cherchaient à désarmer au lieu de détruire. Les forces présidentielles rendirent donc la politesse.

Le Comet était passé inaperçu. Un autre vaisseau au loin obliquait vers les anneaux de Saturne, également inaperçu.


Frégo80
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Dim 15 Déc 2013 - 21:21
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Sujet du message: [cadavre exquis] Les visages de mon ennemie (troisième partie)
Joan se réveilla après de longues heures d'un sommeil profond, réparateur, comme elle n'en avait pas eu depuis des semaines, des mois lui sembla-t-il. Elle n'ouvrit pas les yeux tout de suite, laissant son esprit reprendre conscience, lentement, savourant ce premier réveil en toute sécurité. Elle sentait contre son dos le corps de Curtis, emboîté contre le sien, ses bras refermés autour de sa taille, leurs deux mains nouées sur son ventre. Il dormait encore, elle le devinait à son souffle régulier. Elle songea que lui aussi avait eu bien besoin de ces longues heures de repos. Elle ignorait quelle heure il était exactement, mais dans la grande maison, tout semblait encore calme. Elle n'entendait pas un bruit, et au-dehors, elle ne percevait pas autre chose que le réveil de la nature.

Elle finit par ouvrir les yeux, vit un rai de lumière tracer une longue ligne claire du rebord de la fenêtre au mur en face du lit. Cette belle lumière lui fit un effet semblable à celui que Maëva ressentit également. C'était l'aube. L'aube dans le système solaire. Une image s'imposa à elle, celle de la maison familiale de ses grands-parents paternels, simple petite maison dans un quartier populaire de Cleveland, où ses parents l'envoyaient passer des vacances. Elle revit le petit jardin, entretenu avec soin par son grand-père. La chambre où elle dormait donnait sur ce jardin, à l'est. Et le matin, elle voyait, comme aujourd'hui, le soleil percer à travers les petites ouvertures des vieux volets de bois.

"Est-ce que mon enfant connaîtra de belles aubes ?", songea-t-elle alors. Pour la première fois, aussi, depuis qu'elle avait soupçonné, puis eut la certitude d'être enceinte, elle put se laisser aller à songer avec bonheur à cet enfant. "Le fruit de mon amour. Un survivant, mon bébé, tu es un survivant, toi aussi !". Elle ne voulut pas se remémorer le séjour sur le planétoïde, mais se rappela seulement ces quelques heures que Curtis et elle avaient pu partager et durant lesquelles ils avaient conçu ce bébé. Elle ne s'étonnait plus, et depuis longtemps, que son contraceptif n'ait pas agi, cette nuit-là. Sans doute l'instinct de vie qui les animait était-il plus puissant, plus fort que tout. Elle s'en sentit heureuse. Elle ne voulut pas penser à ce qui les attendait, à tout ce qui allait occuper l'esprit de Curtis au cours des prochains jours, des prochaines heures. Les contacts à prendre avec Phoebe, le voyage à organiser à nouveau jusque là-bas, plus tout un tas d'autres décisions à prendre, de choix à faire. Elle eut soudain envie d'entendre la voix de sa mère. Elle aurait tellement aimé la rassurer sur son sort ! Enfin, cela serait possible, avec un peu de chance aujourd'hui-même, elle l'espérait. Et elle se doutait que Curt ferait de son mieux pour qu'elle puisse lui parler au plus vite, mais en toute sécurité autant pour eux, que pour Isabella Randall.

Elle ne voulut pas non plus s'inquiéter de ce que serait demain, ou plutôt après-demain. De l'endroit où naîtrait l'enfant, si Curt serait avec elle ou pas à ce moment-là, si sa mère serait avec eux, ni où ils vivraient ensuite. Toutes ces questions auxquelles, de toute façon, elle était bien incapable de trouver pour l'heure une réponse. Non, elle voulait juste penser qu'elle portait l'enfant de l'homme qu'elle aimait plus que tout. Qu'une fois encore, cet homme lui avait sauvé la vie, par son courage, ses connaissances, sa volonté farouche, ses capacités à mener des hommes, à relever le défi qu'ils avaient eu à affronter. Qu'il s'était battu, aussi, qu'il avait tué, aussi, pour qu'elle reste en vie. Elle frissonna, chassa de son esprit le terrible souvenir de Molemos la projetant au sol, l'écrasant de tout son poids, commençant à la forcer. Sans doute aurait-elle perdu bien plus que son honneur, son bébé aussi, si Curt n'était pas arrivé à temps.

Elle se souvenait aussi de la promesse qu'elle s'était faite de lui taire sa grossesse tant qu'ils n'étaient pas tirés d'affaire. Elle ne voulait pas lui procurer une source d'inquiétude supplémentaire, alors qu'il avait déjà tant à faire. Pourtant, elle aurait pu, au moins une fois ou deux, lui avouer la vérité. Elle aurait cependant tellement voulu pouvoir lui annoncer cela... autrement. Enfin, cela était finalement secondaire. Maintenant, il savait. Et il lui avait dit qu'il en était heureux.

Alors elle sourit.

Elle dénoua lentement sa main de celle du jeune homme, pour ne pas le réveiller. Elle voulait seulement poser la sienne sur son poignet et sentir juste sa main à lui sur son ventre. Pour l'heure, impossible de voir physiquement qu'elle était enceinte, sauf pour des yeux vraiment très avertis (et seule peut-être quelqu'un comme Maëva était capable de s'en rendre compte). Elle se sentait soulagée de ne pas ressentir, contrairement aux derniers jours, de nausées matinales. Mais elle voulait éviter de bouger aussi, c'était cela qui les avait provoquées, à bord du Phénix.

Son regard se porta sur le sol, le rai de lumière s'était légèrement déplacé. Elle referma les yeux, pour profiter encore de ces moments de calme. Ils n'avaient pas besoin de se lever tôt, de se réveiller tôt, pour construire un vaisseau, trouver de la nourriture, survivre. Aujourd'hui était le premier jour où ils allaient reprendre pied dans une vie plus "normale".

Elle fut incapable de dire si elle s'était un peu rendormie ou pas, ni combien de temps il fallut à Curtis pour se réveiller à son tour. Mais elle frémit d'une joie pure quand elle sentit la pression de la main du jeune homme se raffermir sur son ventre. L'instant d'après, il enfouissait son visage dans ses cheveux, cherchant le petit coin doux près de son oreille où il aimait l'embrasser légèrement au réveil, avant. Avant toute cette incroyable aventure.

- Bonjour, mon amour, lui dit-il de cette voix chaude et profonde qu'il n'avait que pour elle quand ils étaient seuls. Cela fait longtemps que tu es réveillée ?
- Bonjour, coeur de mon coeur. Je suis incapable de le dire. C'est l'aube. C'est tout ce que je sais.

Il grogna légèrement, soupira.

- Tu as bien dormi ? Tu te sens bien ?
- Oui, oui. Reposée. J'ai le sentiment de ne pas avoir ressenti cela depuis... une éternité.
- Nous sommes en sécurité, maintenant. Cela aide à bien dormir, aussi.
- Oui, répondit-elle doucement, et puis dormir dans un vrai lit... c'est à la fois étrange et si bon !

Il rit contre son oreille, resserra son étreinte autour de sa taille, puis pointa du doigt sur son ventre :

- Et lui, il a bien dormi ? Tu le sens bouger ?
- Idiot ! C'est beaucoup trop tôt ! Au mieux, je le sentirai d'ici deux mois, trois... C'est ce que Maëva m'a dit. Il est encore beaucoup trop petit pour que je le sente.
- Tu sais que je suis jaloux de Eek ?
- Pourquoi ?, demanda-t-elle.
- Il est le seul pour l'instant à avoir entendu battre son petit coeur.

Elle se retourna, le fixa, étonnée.

- Comment ça ?

Il lui raconta alors la petite anecdote et comment Grag avait mouché Otho, qui, tellement ébahi par la nouvelle, n'avait même pas répliqué. Elle rit en imaginant la scène.

- Ils étaient si touchants, tu sais, et même si j'étais traversé par une foule d'émotions, que tout se précipitait en moi, je ne pouvais pas m'empêcher d'être au fond, heureux. Je crois que c'est à cet instant que j'ai pris conscience qu'avant d'être une terrible nouvelle, c'était surtout une merveilleuse nouvelle.


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Dim 15 Déc 2013 - 21:24
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À la prison interplanétaire de New York…

Cela fait 2 jours que le Général Janek Brubaker avait fait ses adieux et annoncé ses intentions à sa compagne, la colonel Emma Watson, qu’il avait jointe par miracle. Il ne parvenait toujours pas à mettre ses intentions à exécution. Il était viscéralement incapable d’abattre de sang froid des gens qui ne peuvent plus se défendre. Des gens qui, pour des raisons diverses, avaient lutté pour ne pas tomber sous la domination de Guggenheim sous forme de grèves de la faim, de boycotts des produits de la Heimer et même en acceptant des produits du marché noir. Mais maintenant la réserve de nourriture était presque épuisée.

Il se tenait dans la tour de communication. Le sous officier de service, le caporal Popovich, interrompit ses pensées.

- Monsieur, vous devriez écouter cela. Dit Popovic en passant les écouteurs à son général.

En mettant les écouteurs, Brubaker entendit une horrible clameur qui parvenait des rues, des édifices et des maisons de la ville de New York. C’était des cris et des pleurs de désespoir d’hommes, de femmes et d’enfants qui sont incapables de nommer une raison à leurs souffrances et qui appellent la mort. Il enleva les écouteurs et tentait sans succès d’essuyer ses larmes.

- C’est comme ça tous les soirs maintenant, mon Général. Dit Popovic d’un ton las.

- Avez-vous réussi à faire circuler la vidéo de Madame Bonnell? Demanda Brubaker.

- Partiellement Monsieur. Dit Popovich. Je vais faire une nouvelle tentative, mon Général. Dit Popovic.

- Merci Popovic. Je vais faire une dernière ronde dans la prison. À mon retour j’aurai pris une décision et vous demanderai de sonner un rassemblement général.

- Mon général, les officiers, les membres du personnel et même les prisonniers vous respectent. Peu importe ce que vous ferez, cela ne changera pas.

- Mais?

- Si on peut choisir, je préfèrerais mourir en essayant de vivre, Mon général. Dit Popovic. Je suis sur que les hommes et les détenus préfèreraient cela aussi.

- Merci Caporal pour votre dévouement. Dit Brubaker.

D’un pas lent et lourd, Brubaker passa en revue les prisonniers dans leurs cellules et ses hommes. Peu d’hommes échappaient à cet état hagard. Certains prisonniers étaient même dans un état de catatonie avancée. Il s’arrêta finalement devant la cellule de celui que les autres détenus reconnaissent pour chef : Klovis King, le frère cadet du célèbre Pirate de l’espace. Lui semblait beaucoup mieux tenir le coup que n’importe lequel de ceux qui se trouvent dans cette prison, détenu ou gardien.

- Alors Janek, que comptes-tu faire? Je vois que tu as un plan mais que l’idée de passer aux actes porte un sacré coup à ton sens moral. Alors permet-moi de te dire une chose. On est des criminels. Tu te dis surement que nous libérer serait vraiment trop dangereux pour les honnêtes citoyens et dans 999 999 des cas sur un million, tu aurais raison mais pas maintenant. Maintenant c’est le moment de vérité. Jusqu’ici tu nous as défendu face au projet de privatisation et tu nous as laissé notre chance de rester en vie depuis ce foutu coup d’état. Je te demande de continuer de le faire.

Tentons une sortie avec les fourgons blindés. Si nous devons mourir, mourrons au moins en essayant de vivre et en résistant. Il ne faudrait pas que les efforts de ta Mme Bonnell n'aient servis à rien. D’autant plus que j’ai une cargaison de bibine de la Dr. Ballard qui m’attend dans une de mes caches à l’Astroport interplanétaire de New-York et qui maintenant n’a pas de prix comme remède contre cette dépression. Il manquerait juste un crâne d’œuf pour en faire quelque chose de plus puissant. Une de mes caches contient également un vaisseau cargo armé de taille moyenne. Avec une chance de cocu, on pourra aller rejoindre mon frangin Bork sur le Red Hope. Il y a des scientifiques qui se sont réfugié à son bord déjà.

- Tu crois vraiment aux propriétés de ce tonique infect, Klovis? Demanda Brubaker sceptique.

- Je crois à ses effets observables et à celui qui me fournit. Répondit King.

- Qui?

- Jarad. Tu le connais peut-être sous le nom de Jasper Randall. Dit King. Il avait plus de raisons que quiconque d’en assurer la vente par tous les moyens!

Brubaker se souvenait de William et Isabella Randall, les amis d’Emma. Lui-même était un camarade de William à l’école de police. Jasper Randall est effectivement le frère de William. Il l’a rencontré brièvement aux obsèques de William Randall. Il lui avait semblé un tantinet excentrique et énigmatique mais était un frère loyal à la mémoire de William, il en était sûr.

- On ne pourra pas embarquer tout le monde Klovis. Dit Brubaker. Il y a des hommes qui sont trop catatoniques pour se déplacer.

- Il te reste du cyanure? Demanda King.

- Oui. Dit Brubaker résigné. Ce sera la mort la plus humaine pour ceux qui ne sont plus conscient d’être en vie toute façon. Mes hommes se chargeront de leur en administrer par voie orale immédiatement. Après, les hommes valides se rassembleront dans la cour et on la fera cette sortie infernale. Je te donnerai une arme dans la cour, Pour tes hommes, je te propose que la distribution d’armes se fasse dans ton vaisseau. Dit Brubaker.

- Entendu. Dit Kings.

Cette nuit, la ville de New York fit plus qu’honneur à sa réputation de ville qui ne dort jamais alors que 200 prisonniers et gardiens à bord de 5 larges fourgons blindés chargèrent et tirèrent dans le tas pour atteindre l’astroport interplanétaire. Cela donna lieu à une poursuite acharnée des forces blindées de Guggenheim, qui subirent des pertes importantes. Les 5 fourgons furent détruits. Brubaker, Popovic, King et une vingtaine d’hommes, détenus et gardiens, sortirent indemnes des fourgons lourdement armés et réussirent à se disperser dans la nuit.

Ils profitèrent du camouflage offert par les flammes et la fumer pour s’échapper, se donnant rendez-vous près l’astroport une heure plus tard. Klovis King connaissait un passage pour s’introduire dans le port par les égouts. Il avait aussi ses contacts parmi les débardeurs qui aidèrent discrètement au chargement du vaisseau et firent le guet.

Un autre coup de chance, un convoi marchant devait partir pour Uranus pour le compte de Guggenheim cette nuit là. Le commandant d’un des vaisseaux, Hank Martin, était un ami de Brubaker et lui donna en douce le code de passe des vaisseaux faisant parti du convoi pour que le vaisseau de Klovis King puisse s’y intégrer et s’échapper dans être inquiété.

La pensée philosophique de Brubaker sur cette évasion fût : « Emma va me tuer! » Very Happy


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Dim 15 Déc 2013 - 21:26
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Sujet du message: [cadavre exquis] Les visages de mon ennemie (troisième partie)
La matinée commençait à peine lorsque Curtis entra dans la salle à manger de la maison de Kim et de Myriam. La jeune fille était déjà levée et s'activait à préparer le petit déjeuner. Ezra aussi était levé, et Simon était également présent.

- Bonjour à tous. Bien dormi ?, demanda-t-il.
- Je vais te faire rire, Capitaine, dit Ezra. Mais non ! J'ai perdu l'habitude d'un bon lit... Il me faudra quelques jours, je le crains, pour retrouver un bon sommeil. Mais cependant, je ne regrette pas le moins du moins que nous soyons enfin tirés d'affaire !

Simon plana un peu jusqu'à Curtis qui s'installait.

- Je reviens de l'hôpital, Capitaine. Berenson a été très bien pris en charge. Il a bénéficié de soins appropriés et d'une nouvelle transfusion. Maintenant, il faut laisser les choses suivre leurs cours, mais je suggèrerai bien une chose cependant, c'est que vous fassiez tous une série d'analyses. Je redoute des carences, en sels minéraux et vitamines notamment.
- Bonne idée, Simon, nous le dirons à Kim.
- Que devez-vous me dire, Capitaine ?, dit ce dernier en entrant.

Simon lui répéta alors sa proposition. Le chef pirate opina. Il n'avait pas pensé à cela, et se dit que la présence du professeur était vraiment un des atouts de l'équipe de Flam. A vivre ces dernières semaines en les côtoyant tous, il comprenait aussi beaucoup mieux d'où lui venait cette "supériorité" sur bien des équipes, même compétentes, et pourquoi il était parvenu à arrêter nombre d'entre eux. Ce n'était pas qu'une question de chance, ni le fait d'avoir un excellent vaisseau. Même si son équipe était réduite et qu'il faisait face, parfois, à des groupes bien plus nombreux, la complémentarité entre tous était une des raisons essentielle de ses succès. Sans compter qu'il n'était pas un homme tout à fait comme les autres, mais cela, Kim l'avait déjà mesuré, et à ses propres dépends.

- Je le conseillerai à tous mes hommes, professeur. Ca ne va pas chômer au laboratoire de l'hôpital dans les prochains jours.
- J'assisterai vos médecins, et je suis certain que la docteur Sanchez acceptera de nous aider également. Mais si certains de vos hommes veulent nous suivre pour combattre Guggenheim, il est important qu'ils soient en bonne santé. Nous avons fait au mieux, sur le météore et à bord du Phénix, mais rien ne vaut quelques petites vérifications. Capitaine, reprit Simon en se tournant à nouveau vers son chef, il faudrait aussi que Joan vienne avec moi ce matin.
- Je lui dirai.

Curtis n'ajouta rien d'autre, Ezra avait parfaitement compris et Kim commença alors à soupçonner quelque chose. Mais il ne posa aucune question. Au contraire, il changea de sujet.

- Nous avons beaucoup de choses à faire, Capitaine, dans les prochains jours. Par quoi voulez-vous commencer ?
- En effet, Kim, nous avons beaucoup de choses encore à faire. Déjà, j'aimerais prendre un peu de temps pour que nous interrogions nos deux semi-prisonniers, Murdoch et Ivanov. J'aimerais que vous soyez avec moi pour l'interrogatoire, ou au moins Grabo.
- Aucun souci.
- Ensuite, il faudra demander à vos hommes ce qu'ils comptent faire, et informer toute votre communauté de ce qui se passe. Nous devons aussi continuer à mener des écoutes, à nous renseigner sur l'évolution de la situation autour de nous, et notamment savoir ce qu'il en a été de ce combat sur Titan. Ensuite, mais nous avons quelques jours pour cela, il faudra préparer un vaisseau pour rejoindre Phoebe. Il va sans dire également que dès que ce sera possible, j'aimerais entrer en contact avec le Président Carthew.
- Je vous propose de commencer par nous occuper des deux suspects. Les ex gardiens menacés par Norton peuvent aussi avoir des choses à dire, ce serait bien qu'on les entende également.
- Tout à fait. Mais nous organiserons leur "confession" d'une autre manière. Je veux que Murdoch et Ivanov se sentent surveillés, qu'ils perçoivent que nous ne les laisserons pas libres ! Je veux pouvoir les amener sur Phoebe avec nous, sous surveillance, pour qu'ils soient remis entre les mains de la justice !
- Arko est fiable pour veiller sur des prisonniers, je peux vous l'assurer, dit Kim avec un regard assez sombre.

Et Ezra se dit qu'il valait mieux ne pas se trouver à la place des deux complices de Norton.

Joan fit alors son apparition. Elle s'était réveillée en même temps que Curtis, avait été prête à se lever elle aussi, mais une nausée l'avait secouée, et elle était restée au calme un petit moment, à nouveau allongée. Elle n'avait jamais vraiment parlé avec des femmes enceintes, savait qu'une grossesse engendrait des effets secondaires pas toujours très agréables, mais elle se demandait si cela durerait jusque la fin ou pas. Elle allait devoir parler un peu plus avec Maëva de cela. Elle salua tout le monde avec un petit sourire, et s'installa devant un bol fumant de thé. L'odeur du café, en entrant dans la pièce, lui avait soulevé l'estomac et elle craignait de vomir à nouveau. Mais manger lui fit du bien et son malaise se dissipa rapidement. Elle écouta les échanges entre Kim, Ezra et Curtis, sans intervenir.

Ils étaient prêts à rejoindre Grabo et Arko, quand Andrew et Maëva firent leur apparition.

- Et bien, Major, dit Kim, je vois que vous avez trouvé le couchage confortable !
- Serions-nous les derniers debout ?, lui répondit Andrew avec son flegme habituel. Pas possible !

Maëva s'assit à côté de Joan et lui lança un petit sourire complice.

- Andrew, dit Curtis, vous serez donc de corvée pour aider Myriam ce matin. Kim, Ezra et moi-même allons interroger Murdoch et Ivanov, mais aussi les ex-gardiens. Je veux recueillir le maximum de renseignements sur le coup d'état. Nous organiserons aussi des écoutes pour suivre la situation autour de nous.
- Bien, Capitaine. En quoi puis-je aider ? A part donner un coup de main à la cuisine, ce qui ne me changera pas de ce que j'ai fait durant des semaines sur le météore. Je crois que je suis prêt à me reconvertir dans l'hôtellerie - restauration !
- Avec Nekiri et Simon, vous organiserez aussi le suivi médical de tous les hommes qui étaient avec nous. Ce ne sera pas long, mais il faut que chacun d'entre nous passe devant un médecin et fasse des analyses, pour détecter d'éventuelles carences.
- Bien, répondit-il en jetant un coup d'oeil à Maëva.
- J'aiderai aussi, répondit-elle simplement.

Kim, Ezra et Curtis quittèrent rapidement les lieux. Puis Simon fit comprendre à Joan qu'il voulait lui parler à elle seule. Il la suivit jusqu'à sa chambre. Elle s'assit sur le bord du lit, le professeur plana devant elle.

- Joan, comment te sens-tu ?
- Ca va à peu près, professeur, hormis des nausées le matin, en me levant. Même si je fais attention à me lever sans faire de gestes brusques, je n'arrive plus à les contrôler.
- Et la fatigue ?
- Je la ressens toujours, même si j'ai bien dormi la nuit dernière.
- Dès ce matin, je vais voir avec Maëva et une des médecins de l'hôpital pour te faire une série d'examens. Il serait bon aussi que l'on procède à une première échographie. Il y a à l'hôpital tout le matériel nécessaire. Il y une doctoresse très compétente aussi, de ce que m'en a dit une des soeurs de Grabo : il y a plusieurs naissances par an, et beaucoup de jeunes enfants ici, ils ont donc un service bien équipé.
- Cela se comprend. Ils sont surprenants, ces pirates, n'est-ce pas, professeur ?
- Oui, et je comprends aussi pourquoi nous avons mis des années à capturer Kim Ivan et ses lieutenants ! Non seulement, leur planque est située dans l'un des endroits les plus inaccessibles du système solaire, mais en plus, ils ont assuré une qualité de vie à leurs familles et à leurs hommes la meilleure possible. Même s'ils vivent dans l'illégalité, ce repère est très bien conçu.
- Professeur..., elle hésita un peu à continuer.
- Oui, Joan ?
- Vous pensez que je serai en sécurité si je restais ici ? Alors que vous iriez sur Phoebe ?
- Je le pense sincèrement, Joan. Mais il te sera peut-être possible de nous suivre sur Phoebe.
- J'aimerais, pour être avec maman. Néanmoins, si vous jugez qu'il vaut mieux m'éviter un nouveau voyage spatial, même de courte durée...
- Nous verrons cela avec la docteur, Joan. Te sens-tu prête à me suivre à l'hôpital ou veux-tu te reposer encore un peu ?
- Je peux vous suivre, professeur, moi aussi, j'ai hâte de savoir comment je vais et comment va mon bébé.

Simon bougea doucement ses tubes oculaires. Joan savait qu'à cet instant, il souriait.


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Dim 15 Déc 2013 - 21:28
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Sujet du message: [cadavre exquis] Les visages de mon ennemie (troisième partie)
Simon, Maëva et Joan avaient rapidement gagné le petit hôpital. Maëva fut heureuse de rencontrer des collègues et oublia bien vite qu'ils et elles travaillaient pour des pirates. La gynécologue, la docteur Louise Darmont, leur fut tout de suite sympathique et Joan se sentit immédiatement en confiance avec elle. Simon se fit discret, mais Maëva resta en compagnie de son amie pour les premiers examens. Alors que tout se passait bien, la docteur Darmont invita Joan à faire son échographie, pour en finir avec les différents examens. Maëva l'accompagna et Simon vint également. Il aurait pu avouer à cet instant qu'il était très curieux de découvrir les premières images du bébé.

La jeune femme s'allongea calmement sur le lit, découvrant son ventre encore plat.

- Bon, ça va être un peu frais, le temps d'étaler le gel, dit la docteur Darmont.

Elle secoua le petit tube, en sortit le gel transparent et commença à l'étaler sur le ventre de la jeune femme. Joan frissonna et soudain, devint toute pâle. Maëva s'en rendit compte et lui demanda aussitôt, arrêtant du même coup le geste du médecin :

- Joan ? Qu'est-ce qui se passe ? Ca ne va pas ?

La jeune femme regarda son amie, elle frissonnait légèrement. Elle avait des larmes au bord des yeux.

- Je... je...

Elle était incapable d'en dire plus. La docteur sourit et dit simplement :

- Je vous laisse quelques minutes avec votre amie.

Simon la suivit. Maëva prit les mains de Joan dans les siennes, la fixa droit dans les yeux et lui dit :

- Joan, que se passe-t-il ? Tu ne te sens pas bien ?
- Non... ce n'est pas ça. Je...

Elle secoua légèrement la tête, se reprit et finit par dire :

- Je suis ridicule, mais... oui, c'est totalement irrationnel et ridicule, Maëva, mais je... je voudrais que Curtis soit là.

Maëva sourit, la prit dans ses bras et dit :

- C'est normal. Ce n'est pas du tout irrationnel et encore moins ridicule ! Reste allongée, je vais voir avec Simon et le médecin.

Maëva sortit dans le couloir, y retrouva les deux professeurs. Simon plana vers elle.

- Que se passe-t-il, Maëva ?
- Professeur, aucun souci. Simplement, Joan voudrait que Curtis soit avec elle pour l'échographie. Ca se comprend.
- Oh oui, bien entendu ! J'ai été stupide de ne pas y penser...
- Vous avez surtout pensé qu'il était grand temps qu'elle fasse ces examens, mais pas qu'elle aurait besoin et envie de sa présence, juste pour celui-là.
- Seulement, il est occupé avec les interrogatoires, dit Simon.

Il regarda sa collègue gynécologue :

- Docteur, est-ce que ça vous pose un problème si nous revenons un peu plus tard dans la journée avec le futur père ? Il va devoir de toute façon passer au laboratoire, lui aussi doit faire une prise de sang. On pourrait en profiter.
- Bien sûr que non, aucun souci. Je n'ai pas beaucoup de patientes à suivre en ce moment, et à moins que certains des nôtres aient besoin d'une échographie, la salle d'examens est disponible dans la journée. Revenez quand vous pouvez.
- Maëva, je vais rester avec les médecins pour aider au suivi de nos compagnons d'infortune, les premiers arrivent, je pense qu'Andrew et Nekiri ont commencé à passer le mot. Peux-tu raccompagner Joan chez Myriam ? Tu resteras avec elle si tu le juges nécessaire, sinon, tu pourras toujours me rejoindre ici, nous ne serons pas trop de deux en plus. Et toi aussi, tu dois faire une prise de sang.
- Je le sais, professeur. D'accord, je vais ramener Joan.

Les deux femmes se sourirent et Maëva rejoignit Joan dans la salle d'examen.

- Joan, ça ne pose aucun problème que Curtis soit avec toi. On reviendra quand lui-même passera au laboratoire pour sa prise de sang. Je vais te raccompagner chez Myriam.

Joan lui sourit avec soulagement. Durant les quelques minutes où elle était restée seule, une phrase avait tourné en boucle dans sa tête "je suis jaloux de Eek car il est le premier à avoir entendu battre le coeur du bébé". Elle ne pouvait supporter l'idée que Curtis ne soit pas avec elle pour voir les premières images de leur enfant. D'autant plus si c'était la seule échographie de toute la grossesse à laquelle il pourrait assister s'il repartait combattre Guggenheim, la laissant ici ou sur Phoebe.


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Dernière édition par limeye le Dim 15 Déc 2013 - 21:30; édité 1 fois
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Sujet du message: [cadavre exquis] Les visages de mon ennemie (troisième partie)
Pendant ce temps, Kim, Ezra et Curtis avaient rejoint Arko et Grabo. En chemin, ils croisèrent plusieurs hommes et leur firent passer le message de faire une petite visite à l'hôpital. Arko les mena vers une petite construction fermée, avec trois ouvertures : une porte, et deux petites fenêtres, assez étroites pour faire entrer la lumière, mais trop petites pour permettre à un homme de passer.

- C'est ce qui nous sert de geôle, dit Arko. Quand on a des cocos à surveiller. C'est là qu'on a mis vos deux suspects, Capitaine. Ils ont été sous surveillance toute la nuit, ils ont pu manger, se laver et changer de vêtements. Ils n'ont pas été maltraités, bien entendu.
- Merci, Arko. Y a-t-il un endroit où on puisse mener leur interrogatoire tranquillement ?
- Oui, on va les emmener chez moi. Ce n'est pas loin. A côté de ma maison, j'ai mon "bureau". Vous pourrez le faire là-bas.
- Très bien, alors allons-y. Arko, Grabo, avez-vous vu Timarrow ce matin ?
- Non, mais on peut le faire appeler.
- Kim, pendant que nous procédons aux interrogatoires, pouvez-vous demander à Timarrow de faire quelques écoutes ? Et demander à Mala de le rejoindre ? Vous avez une salle de communication, j'imagine ?
- Bien entendu, Capitaine, dit Kim en souriant un peu étrangement.

Puis il fit signe à un homme qui passait non loin, c'était Vadek qui, ayant aperçu son chef, venait aux nouvelles pour savoir s'il pouvait se rendre utile à quelque chose. En souriant, il salua Ezra et Curtis avec simplicité. Cela étonna un instant Arko qui avait encore du mal à réaliser que Kim ait fait alliance avec le Capitaine Flam, même si Grabo n'avait pas été avare de détails pour raconter leur aventure. Mais voir certains de leurs hommes, comme Vadek, manifester le même respect et la même obéissance au Capitaine qu'à Kim, cela valait aussi toutes les preuves, tous les récits...

Vadek partit à la recherche de Timarrow et de Mala. Pendant ce temps, avec trois de leurs hommes, Arko, Grabo, Kim, Ezra et Curtis amenèrent les deux suspects chez Arko. Sa maison était, comme celle de Kim, située un peu à l'extérieur de la ville, sur un vaste terrain dégagé. Plusieurs entrepôts se trouvaient autour, et Curtis et Ezra devinèrent qu'ils devaient s'agir de lieux de stockage pour des armes et de la contrebande. Ce qu'Arko appelait son "bureau" était en fait comme une petite maison, d'un seul niveau, toute simple, située entre la maison de sa famille et les entrepôts. A l'intérieur, il y avait deux pièces principales et une plus petite. Pendant qu'ils allaient procéder à l'interrogatoire de Murdoch, c'est là que demeurerait sous bonne garde Ivanov.

Murdoch fut donc le premier à passer. Ezra, en tant que supérieur hiérarchique des deux hommes, mena l'interrogatoire. Curtis intervenait par moments. Kim restait dans la pièce, faisant office de gardien, mais aussi de témoin. Murdoch n'en menait pas large, il savait que légalement, Ezra aurait pu le faire exécuter. Il dit tout ce qu'il savait, comment Norton l'avait embarqué dans ce coup, quels ordres ils avaient reçus, comment ils avaient convenu de mener le projet de faire disparaître le Balkan, quel rôle exact jouaient Jenkins et Norton. Mais il ne put dire grand chose concernant le coup d'état lui-même, les projets de Guggenheim, ses ambitions. Au bout de près de deux heures d'interrogatoire, ils convinrent qu'il ne devait pas savoir grand chose de plus.

Arko et deux de ses hommes ramenèrent Murdoch à la petite prison, en sortant il demanda à sa fille de préparer un café et une collation pour les trois hommes qui menaient l'interrogatoire. Elle avait entre 13 et 14 ans, et apporta rapidement le nécessaire. Kim la salua avec joie, et Ezra et Curtis la remercièrent pour l'attention. Ils discutaient tous les trois avant de faire entrer Ivanov.

Les choses se passèrent beaucoup moins bien avec lui, et très vite, ils eurent le soupçon qu'il en savait plus que Murdoch. Il commença par refuser de répondre aux premières questions du colonel, arguant qu'il ne parlerait que devant la justice.

- Laquelle ?, demanda Curtis avec fermeté. La légale ou l'illégale ?
- Tout dépend de quel côté de la légalité on se place, Capitaine, cracha-t-il. Le seul gouvernement que je reconnaisse est celui de Guggenheim ! Carthew n'est qu'une lopette ! Nous avons besoin d'un ordre nouveau !

Ezra reprit la parole :

- Vous savez que je peux vous faire exécuter pour avoir fomenté une mutinerie, pour avoir permis à des prisonniers de s'évader, pour vous être rendu complice de meurtres, de tentatives d'assassinat, de viols et de tentatives de viol, de complicité de coup d'état ? Et cela, sans passer devant un tribunal civil ? Qu'avec le major Barrett et deux de ses hommes qui sont restés fidèles - je veux dire par là, qui ne se sont pas laissés embarquer par les promesses de Miss Jenkins ni impressionner par les menaces de Norton - ainsi qu'avec des témoins, nous pouvons constituer un tribunal militaire digne de ce nom et vous juger ?
- Essayez pour voir !
- Ivanov, je vous conseille de collaborer, dit Curtis. Il vaut peut-être mieux pour vous de dire tout ce que vous savez, plutôt que vous enfermer dans le silence et le déni. Quand vous vous retrouverez face à vos juges...
- Je ne dirai rien.

A cet instant, Kim intervint :

- Capitaine, Colonel, s'il faut, nous on peut le faire parler, ce coco...

Il avait dit cela d'un ton calme, avec en regardant Ivanov d'un air menaçant. Celui-ci haussa les épaules. La torture ? Il n'y croyait pas. Jamais Gurney et le Capitaine Flam ne laisseraient faire cela. Il pouvait gagner du temps.

Ezra poussa un long soupir. Malgré la situation, il réprouvait ce genre de procédé, mais il avait aussi compris que Kim utilisait surtout une menace. Néanmoins, il se doutait qu'Ivanov n'y croirait guère...

A cet instant, on entendit frapper à la porte. C'était Arko qui revenait, avec Mala.

Curtis sortit pour parler avec son ami, Arko prit sa place pour suivre l'interrogatoire.


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Sujet du message: [cadavre exquis] Les visages de mon ennemie (troisième partie)
- Qu'y a-t-il, Mala ?
- Chef, je voulais te prévenir de deux choses : on est resté en veille avec Grag au vaisseau comme tu nous l'avais demandé, tout s'est bien passé.
- Tu as pu te reposer un peu ?
- T'inquiète que ma vieille nounou en fer blanc y a veillé.

Curtis sourit.

- Mais là, je venais surtout pour te dire qu'avec Timarrow, on a appris des choses intéressantes. Et surtout qu'il est en mesure d'établir une liaison sécurisée avec le quartier général de Carthew sur Phoebe.
- Parfait ! Je vais prévenir Ezra de continuer l'interrogatoire d'Ivanov, puis nous passerons chercher Joan. Elle aura peut-être la possibilité de parler à sa mère, ou du moins, nous pourrons avoir de ses nouvelles.

Après avoir convenu avec Ezra et Kim que tous deux poursuivraient l'interrogatoire après une pause déjeuner bien méritée, Curtis et Mala rentrèrent chez Kim. Maëva était repartie à l'hôpital, Andrew faisait le tour de la cité avec Okapaï et invitait les hommes à se rendre à l'hôpital. Ce faisant, Joan était seule avec Myriam. Installée dans la cuisine, elles préparaient une grande marmite de viande et de légumes. Myriam avait aussi entrepris de confectionner un dessert avec des fruits frais. Toutes deux discutaient tranquillement, et Joan retrouvait chez la nièce de Kim la même gentillesse que chez son défunt frère Thomas. Par discrétion, elle n'avait pas parlé de lui avec Myriam, se disant que c'était à Kim de lui raconter les circonstances exactes de la mort de ses deux frères. Myriam lui parlait de son quotidien, simple finalement. Quand son oncle était absent (ce qui arrivait quand même souvent), elle participait comme beaucoup d'autres femmes à la vie de la cité, de leur petite communauté. Le matin, elle s'occupait des jeunes enfants, l'après-midi, elle travaillait à la maison, entretenant le jardin, ou aidant les unes et les autres. Elle n'avait pas vraiment suivi d'études, mais elle savait lire, écrire, taper à la machine, compter. Elle était loin d'être idiote. Joan n'eut pas le temps de lui demander plus en détails comment elle envisageait son avenir, car Mala et Curtis arrivèrent.

Mala afficha un sourire ravi en humant les bonnes odeurs qui se dégageaient du fourneau et s'enquit de savoir ce qui mijotait. Myriam lui répondit en riant, d'autant que l'androïde s'était lancé dans une série de compliments tous plus originaux les uns que les autres. Amusé, Curtis en profita pour s'asseoir aux côtés de Joan. Elle vint s'appuyer contre lui, il la serra doucement dans ses bras.

- Tu es allée avec Simon ce matin ?
- Oui, et Maëva.
- Comment ça va ?
- Pour l'heure, bien, mais on ne connaîtra les résultats complets des analyses de sang que demain, et pour certaines données que dans quelques jours.
- Et l'écho ?

Joan secoua doucement la tête, il sentit ses cheveux lui caresser la joue. Elle le regarda :

- Je n'ai pas voulu la faire sans toi. Simon et la docteur Darmont étaient d'accord, on pourra y aller cet après-midi, quand tu iras toi aussi pour ta prise de sang.
- Oui, c'est vrai, il va falloir que je trouve du temps pour la faire.
- Hum, bien entendu que tu vas trouver du temps ! Curt, nous ne sommes plus sur le météore ! Nous n'avons plus à lutter contre le temps !
- Dans un sens oui, mais je ne veux pas non plus en perdre pour rallier Phoebe.
- Accorde-toi le temps de souffler un peu... A quoi pourrait bien servir le valeureux Capitaine Flam s'il se présente devant le président avec les yeux explosés de fatigue, incapable de mener un vaisseau, de discuter d'une stratégie ?
- Tu sais que tu es pire que Simon et Grag réunis ?, lui dit-il avec malice.
- Et bien heureusement...

Ils se regardèrent avec bonheur et complicité, puis tendrement, il attira son visage près du sien et l'embrassa longuement, sans se soucier de la présence de Mala et de Myriam, qui échangeaient un regard entendu. Quand il abandonna ses lèvres, il lui dit simplement :

- Ok pour passer à l'hôpital dans l'après-midi. Mais avant, nous irons avec Mala et Timarrow. Nous devrions pouvoir obtenir une liaison sécurisée avec Phoebe. Tu pourras peut-être parler avec ta mère d'ici peu, mon amour.

Elle lui rendit un magnifique sourire.

- Mais avant, ça sent tellement bon ici, que je mangerai bien un morceau, Ivanov s'est montré trop coriace !
- Et Murdoch ?
- Il a dit tout ce qu'il savait, je pense. Il tient à sauver sa peau. Je ne suis pas certain que cela soit le cas pour Ivanov. Mais qu'importe ! S'il ne veut rien nous dire, de toute façon, nous le livrerons à la justice sur Phoebe.


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Nekiri entra peu après chez Myriam. Curtis était content de le revoir, ils ne s’étaient pas croisés le matin, le Jovien étant déjà reparti quand lui-même s’était levé. Nekiri se servit une part de repas et s’attabla avec tous, rapportant ce qu’il avait fait le matin-même.

- Où est Kim, Capitaine ?
- Il poursuit l’interrogatoire des deux suspects avec le colonel Gurney et Arko. Timarrow a obtenu un contact avec Phoebe. Pouvez-vous venir avec nous, Nekiri, pour assister à la conversation ?
- Volontiers, Capitaine.

Le Jovien appréciait par-dessus tout que le Capitaine les associe, Kim ou l’un de ses deux lieutenants, Grabo et lui-même, aux décisions. A aucun moment, depuis qu’ils avaient atterri en catastrophe sur le météore, il n’avait pris de décisions seul. En tout cas, pas de décisions les concernant tous. Mais il était cependant un peu intrigué par l’aisance avec laquelle il se trouvait sur Tyrial, parmi les leurs. De même que sur le météore, le Capitaine se comportait avec simplicité et respect envers tous. Comme Kim quelques heures plus tôt, Nekiri en conclut aussi que cette attitude était tout à son honneur : ceux qu’il côtoyait se sentaient considérés comme des humains à part entière, des égaux. Pas des moins de rien, pas des hors-normes. "Là est sa force, aussi", en conclut simplement le Jovien.

Accompagnés donc de Nekiri et de Mala, Joan et Curtis se rendirent après le repas jusqu’au centre de communications de la petite ville. C’était un bâtiment isolé, situé en haut d’une petite colline. En l’apercevant, Curtis en conclut que les pirates étaient très bien équipés. Sans doute le matériel, les antennes, les radars, provenaient-ils de rapines, d’actes de briganderie de toutes sortes.

Ils grimpèrent rapidement et aisément en haut de la petite colline, et entrèrent dans le bâtiment. Timarrow s’y trouvait toujours. Joan lui tendit une gamelle chaude, que Myriam et elle-même avaient préparée pour lui. Il la remercia chaleureusement : il n’avait rien avalé depuis le matin, et n’osait quitter son poste, Mala ayant prévu de revenir le plus rapidement possible avec son chef.

- Salut, Tim, dit Nekiri. Ca va chez toi ?
- Oui. Les vieux étaient contents de me revoir entier, et ma douce aussi. Mais Lia a grandi !

Tim croisa le regard un peu interrogateur de Joan, il lui adressa un petit clin d’œil et dit :

- J’ai une petite fille de deux ans et demi, miss.
- Oh ! Je comprends…

Timarrow se leva, laissa sa place libre et s’installa à une petite table à côté pour manger.

- Installez-vous, Capitaine, j’ai réglé une fréquence sûre. Les codes sont devant vous. Vous pouvez ainsi tenter d’entrer en contact avec le pc de Phoebe. Mais ils doivent avoir un as avec eux, car ce n’était pas aisé ! Je ne vous garantis rien… je n’ai pas osé les contacter directement en votre absence.
- Vous avez fait du bon travail, Tim, en peu de temps. Je n’espérais pas pouvoir entrer en communication avec le Président si vite après notre arrivée. Mala me disait que vous aviez obtenu quelques informations sur la situation autour de nous ?
- Oui, le combat sur Titan a tourné court au bout de trois heures environ, de ce que j’ai compris. Apparemment, ni vainqueurs, ni vaincus. J’ai pu entendre, un peu par hasard, je pense, que Taggart tient toujours sur Jupiter, que la situation y est calme. L’armée jovienne contrôle aussi désormais parfaitement les quatre satellites. La situation paraît donc stabilisée sur Jupiter, c’est cool pour toi, Neki.
- Merci de ton attention, Tim, lui répondit-il avec un regard entendu.

Joan se demanda ce que cela cachait. Elle songea que Nekiri avait certainement de la famille sur Jupiter, et que ces bonnes nouvelles le rassuraient également, mais elle devinait qu’il devait y avoir autre chose. Autre chose d’un peu mystérieux et sans doute lié à leurs activités illégales. Elle ne posa aucune question, mais chercha du regard une chaise pour s’asseoir auprès de Curtis. Mala se rendit compte qu’elle était encore debout et s’empressa de lui en trouver une. Elle le remercia d’un sourire, l’androïde lui fit un petit clin d’œil, sans ajouter le moindre commentaire. Sans témoins, il se serait permis un petit trait d'humour.

Curtis composa rapidement les codes ; concentré, il réglait au mieux la fréquence et la qualité de la liaison. Au bout de quelques minutes, ils entendirent une série de signaux, Curtis y répondit avec une certaine logique qui échappa à tous, sauf à Timarrow. Puis une voix se fit entendre.

Joan poussa un petit cri étouffé : elle venait de reconnaître celle de Jennings.

- Veuillez-vous identifier, s’il vous plaît ?

Joan posa la main sur le bras de Curtis, il s’apprêtait à parler, mais le geste de la jeune femme le retint. Il lui laissa alors la parole :

- Jennings ?

Le silence leur répondit.

- Jennings ? Je suis Joan Randall.

Cette fois, ce fut un petit cri de surprise qui se fit entendre.

- Miss Randall ? Lieutenant Randall ?
- Oui, Jennings, c’est bien moi.
- Je dois m’en assurer avant de continuer, pouvez-vous vous brancher sur la fréquence suivante ?

Il communiqua une série de chiffres et de lettres, complexe, que Curtis s’empressa de composer. L’écran du transmetteur s’anima alors, et Jennings put distinguer deux visages qu’il espérait tant revoir : celui de Joan Randall et celui du Capitaine Flam.

- Lieutenant ! Capitaine ! Bon sang !
- Bonjour à vous, Jennings. Content de vous voir et de pouvoir vous féliciter aussi…
- Me féliciter, Capitaine ?
- Oui… je crois que vous êtes parvenus à craquer les codes du Comète ?
- Comment... Comment le savez-vous ?
- C'est une longue histoire... que nous espérons pouvoir vous raconter de vive voix, bientôt.
- Où êtes-vous ?
- En sécurité. Je tairai, par prudence, le nom du lieu où nous nous trouvons. Sachez déjà qu'une partie de l'équipage du Balkan s'en est sorti, dont le colonel Gurney et le Major Andrew.
- Bonne nouvelle !
- Est-il possible de parler au Président ?
- Je vais vous le passer, Capitaine, bien entendu.
- Merci, Jennings, mais avant... vous est-il aussi possible de prévenir Isabella Randall que Joan est là ?
- Désolé, Capitaine, elle est partie en mission... je ne peux vous en dire plus pour le moment.
- Je comprends.
- Néanmoins, elle et l'équipe avec qui elle est partie doivent me contacter toutes les vingt-heures, je lui donnerai de vos nouvelles au prochain appel.
- Merci, Jennings, dit Joan avec chaleur, masquant sa déception de ne pas pouvoir parler avec sa mère.

Jennings hocha doucement la tête, puis dit :

- Je vous passe le Président, Capitaine.
- Merci, Jennings.


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Dim 15 Déc 2013 - 21:35
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limeye
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Sujet du message: [cadavre exquis] Les visages de mon ennemie (troisième partie)
Jennings composa le code du bureau du Président, sur le canal des urgences. Ainsi, il pouvait éviter sa secrétaire. Il ne recourrait à ce canal qu'en cas d'extrême nécessité, ne voulant pas l'encombrer inutilement, car il savait que c'était aussi directement par celui-ci que Taggart notamment contactait le Président. Carthew prit aussitôt l'appel :

- Monsieur le Président, bonsoir, veuillez m'excuser, mais je vous passe une communication de la plus haute importance.
- Bonsoir, Jennings. Merci bien, mais qui... ?
- Je vous laisse le découvrir, monsieur le Président, mais je pense que vous allez vous en réjouir !

Un peu intrigué, Carthew laissa passer les quelques secondes du transfert d'appel. Il ouvrit grands les yeux et resta muet de stupéfaction en voyant le visage du Capitaine Flam sur son écran.

- Bonjour, monsieur le Président ! Ravi de vous voir...
- Capitaine Flam ! Ca alors ! Si... Si je m'attendais à vous voir !

Carthew se renversa en arrière dans son fauteuil, puis reprenant rapidement ses esprits, il se pencha légèrement en avant vers l'écran.

- Mais où diable étiez-vous donc passés ? Qu'est devenu le Balkan ? Où sont Gurney, Randall, Théron...
- C'est une longue histoire, monsieur le Président. Le Balkan s'est perdu au milieu des laves d'une petite planète condamnée. Nous sommes parvenus à reconstruire un vaisseau et à la quitter avant l'explosion. Malheureusement, la mutinerie et des conditions de survie précaires ont fait des victimes, le Commandant Théron a été l'une des premières.
- Qui est avec vous ?
- La lieutenant Randall et la docteur Sanchez sont les deux seules femmes survivantes. Le colonel Gurney, le Major Barrett ont également survécu, ainsi qu'une partie des gardiens et des ingénieurs qui étaient à bord. George Mac Clinton a pris la place de Miss Jenkins. Elle était mouillée jusqu'au cou dans le complot.
- Nous l'avons découvert en effet, mais trop tard après votre départ... Combien j'ai regretté de vous avoir tous envoyés dans cette aventure !
- Monsieur le Président, je vous raconterai les détails de tout cela d'ici peu, dès que nous aurons pu vous rejoindre sur Phoebe.
- J'ai en effet une multitude de questions à vous poser...
- Je le comprends, et moi de même. Je peux simplement vous dire que nous ne devrions pas tarder à vous rejoindre. Mais je tiens à vous annoncer cependant une bonne nouvelle : nous arriverons avec une petite armée, pas très nombreuse, certes, mais des hommes prêts à en découdre.
- Toutes les bonnes volontés sont bonnes à prendre dans notre situation.
- Je le sais. Mais je vous préviens, Président... cette troupe vous surprendra. Néanmoins, je me porte garant de ces hommes et je peux vous assurer qu'ils ne vous décevront pas.
- Je vous fais confiance, Capitaine.
- Je vous recontacterai dès que nous serons prêts à partir.
- Très bien, Capitaine. Saluez pour moi toute votre équipe, je suis heureux de vous revoir.
- Merci.

Et Curtis coupa la communication. Le Président de son côté resta un moment songeur devant son écran éteint. Il se rendit compte seulement qu'il n'avait pas demandé au Capitaine où ils se trouvaient. Et quelle pouvait bien être cette petite armée dont il parlait ? Avaient-ils trouvé un soutien inattendu en dehors du système solaire ?

"Et que sont devenus les prisonniers... ?", pensa-t-il soudain. Il soupira, résigné. Le Capitaine avait sa propre façon de mener les combats, et même s'il pouvait se vanter d'être un des hommes à le mieux connaître Curtis Newton, il savait aussi que celui-ci le surprendrait toujours et que, sans doute, cette fois, les surprises seraient encore nombreuses.


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Dim 15 Déc 2013 - 21:36
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Sujet du message: [cadavre exquis] Les visages de mon ennemie (troisième partie)
Curtis, de son côté, se retourna vers les quatre personnes présentes dans la pièce. Joan était un peu songeuse, Mala souriait, Timarrow et Nekiri attendaient, placides. Le Jovien demanda :

- Pourquoi ne pas avoir révélé le lieu où vous vous trouviez, Capitaine ? Ni avoir dit au président quels hommes allaient vous suivre ?
- Pour votre sécurité, Nekiri, et avant tout, pour la sécurité de ceux qui sont ici, sur Tyrial. Je m'y suis engagé auprès de Kim, mais pas seulement. Je l'aurais tu de toute façon. Des troupes de Guggenheim sont dans les parages, ils tiennent Titan et Japet. Qui sait ce qu'ils feront s'ils se voient renforcés ou au contraire, s'ils devaient prendre la fuite ? Nous ne pouvons négliger qu'ils pourraient venir par ici s'ils découvraient, par manque de prudence, votre repaire. Quant à taire le fait qu'une partie d'entre vous nous accompagnera sur Phoebe, et bien disons... que c'est aussi pour réserver une petite surprise au Président, voire à son entourage. Mais cela participera aussi à ma façon de lui présenter les choses pour obtenir votre réhabilitation.

Nekiri hocha simplement la tête. Il avait compris le but de la manœuvre.

- Bien, dit Curtis, maintenant, nous allons organiser une petite veille ici. Mala, tu vas relayer Timarrow. Nekiri, avez-vous quelqu'un d'autre de fiable qui pourrait assurer la veille ? Sachant de quoi Jennings est capable, cela m'étonnerait qu'il n'ait pas noté le moyen de nous recontacter. Et de toute façon, il faut continuer à écouter les fréquences des hommes de Guggenheim pour pouvoir préparer notre prochain voyage.
- Dis à Herman de venir, Neki, intervint Timarrow. Il n'est pas mauvais non plus pour les écoutes.
- Oui, et lui, saura tenir sa langue...

Tout les quatre redescendirent donc vers la ville. Ils se séparèrent rapidement et Joan et Curtis se dirigèrent vers l’hôpital. Ils y retrouvèrent Simon et Maëva qui apportaient leur aide. La jeune docteur s’occupa de la prise de sang du Capitaine, puis Joan et lui se rendirent auprès de la docteur Darmont. Elle les accueillit avec le sourire, comme le matin-même et les mena jusqu’à la salle d’examen. Joan se sentait assez impatiente, Curtis plutôt curieux.

Assis à côté de Joan, il lui tenait la main, tous deux fixaient l’écran. Ils virent la petite forme repliée, le crâne déjà imposant, les doigts et les orteils formés.

- Tenez, écoutez, dit la docteur Darmont.

Elle amplifia les bruits et ils purent entendre battre son cœur. Joan serra plus fort la main de Curtis, il la regarda et lui sourit. Le médecin continuait l’examen sans rien dire de particulier, désignant parfois un détail. Quand ce fut terminé, elle dit :

- Bien. Le fœtus va bien. Vous pouvez vous rhabiller, Miss. Je vous attends dans mon bureau, la porte à côté.

Joan commença à remettre de l’ordre dans ses vêtements, mais le ton neutre du médecin n’avait pas échappé à Curtis. Il demanda :

- Il y a un souci, Docteur ?

Elle les regarda, et répondit simplement :

- Un petit, oui. Nous allons en parler, venez.

Joan tourna un visage anxieux vers Curtis, il la rassura d’un geste. Ils rejoignirent la docteur l’instant d’après.

- Voilà, leur dit-elle alors qu’ils s’asseyaient face à elle, non autour de son bureau, mais dans deux fauteuils confortables, autour d’une petite table, comme s’il s’était agi d’un petit salon : l’endroit était chaleureux, rassurant. Je m’en doutais un peu depuis ce matin, mais je voulais le vérifier par l’image. Votre bébé va bien, son développement est tout à fait normal, mais il est trop bas, et votre col est légèrement ouvert. Ce n’est pas très grave, mais il faut absolument vous reposer.

En disant cela, elle fixa Joan avec sérieux. Elle continua :

- Interdiction de porter des charges lourdes, de rester assise trop longtemps (pas plus d’un quart d’heure), de marcher longtemps. Vous devez rester allongée le plus possible, en faisant des petites coupures pour manger, votre toilette, etc… je vous autorise seulement à faire une petite promenade autour de chez Kim, ou dans le jardin, deux fois par jour, matin et après-midi, pas plus de vingt minutes à chaque fois. Nous nous verrons tous les deux jours, sauf alerte. C’est moi qui me déplacerai.
- C’est grave ?, demanda Joan, il y a des risques ?
- Vous pourriez perdre votre bébé. Il faut qu’il remonte. Ou au moins, que le col se referme. Le repos y contribue, je peux vous l'assurer. Cela arrive fréquemment, surtout quand la future maman ne se ménage pas ! C’est souvent le cas quand on a déjà un ou deux autres enfants dont il faut s’occuper…

Curtis prit la parole à cet instant :

- J’imagine que les voyages spatiaux sont déconseillés…
- Absolument. Vous aviez l’intention de retourner sur Terre ?
- Non. De rejoindre le QG de la résistance, sur Phoebe. Ce n’est pas très loin.
- Certes, mais c’est trop risqué. En tant que médecin, je ne peux pas vous laisser partir. Pas pour l’instant. Si dans quelques semaines, tout redevient normal, alors nous aviserons, mais pas avant au moins un mois, que vous ayez achevé votre troisième mois. Ce sont les semaines les plus délicates. Vous êtes fatiguée, vous avez quelques carences que nous allons pouvoir corriger aisément, mais vous devez aussi prendre le temps de réfléchir…
- Oui, docteur, oui, bien entendu, répondit Joan, un peu machinalement. Je comprends.
- Vous avez pu remarquer que si nous étions bien équipés en matériel médical, nous n’avons pas forcément beaucoup de médicaments. Ce n’est pas toujours cela que nos hommes récupèrent en premier. Mais nous compensons cela par une bonne herboristerie. Myriam connaît bien Yasmina qui s’en occupe. Je vais vous noter ce qu’il faudra prendre, vous n’aurez qu’à demander à Myriam d’aller la voir.
- Merci, docteur.

Le visage de Louise Darmont afficha un beau et chaleureux sourire :

- Soyez sans crainte. La sérénité, le calme et le repos, c’est ce qui vous conviendra le mieux. Et en étant raisonnable maintenant, vous pourrez vivre tout à fait normalement la fin de votre grossesse, marcher, vous déplacer à nouveau, faire des tas de choses. C’est l’affaire d’un peu de temps, sauf complications bien entendu. Mais je dis cela plus pour me garantir…

Curtis répondit par un petit sourire entendu. Sa main n’avait pas quitté celle de Joan, il la sentait tendue.

- Est-ce que la docteur Sanchez pourra vous aider, Madame ?, demanda-t-il, devinant que la présence de Maëva auprès d’elle rassurerait aussi Joan.
- Oui, bien entendu. Je vais lui demander de m’aider : elle prendra votre tension chaque jour, fera le suivi de vos "médicaments"…
- Merci, docteur, dit Joan d’une petite voix.
- Bien, rentrez chez Kim, maintenant et allongez-vous. Vous avez eu une journée bien chargée. Je passerai vous voir dès demain.

Ils saluèrent la docteur, puis sortirent en silence. Ils n’avaient pas recroisé Simon, ni Maëva.

Au-dehors, Curtis fut surpris par le soir déclinant : il faisait déjà presque nuit. Il n’était pas retourné chez Arko depuis le midi, mais qu’importe. Ils marchèrent en silence, se tenant simplement par la main, chacun perdu dans ses propres pensées.

Ils rentrèrent chez Kim, il n’y avait personne. Myriam avait laissé un petit mot disant qu’elle était sortie pour chercher des provisions pour le lendemain, mais que si quelqu’un rentrait et avait faim, il y avait une grande soupe de prête et de quoi faire un repas.

- Tu veux manger un peu ?, demanda Curtis.
- Pas pour l’instant, je n’ai pas très faim.

Ils gagnèrent la chambre, Joan s’allongea, le visage triste. Curtis s’accroupit face à elle, lui caressant doucement le dos de la main. Une larme roula en silence des yeux de la jeune femme.

- Ne pleure pas, ma douce, lui murmura-t-il pour la réconforter.
- Tu crois que je vais le perdre ?, hoqueta-t-elle.
- Mais non. Avec du repos, je suis certain que tout va rentrer dans l’ordre rapidement. Je ne veux pas que tu t’inquiètes inutilement.

Elle renifla. Elle avait du mal à se reconnaître. Elle se sentait perdue. Il le devina.

- Joan, je suis là. Ca va aller.
- Je vais essayer de dormir un peu, avant de manger.
- C’est le plus sage. Tu ne veux pas une tisane ?
- Pourquoi pas…
- Ok, je vais te la préparer. Je reviens.


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Dim 15 Déc 2013 - 21:38
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Sujet du message: [cadavre exquis] Les visages de mon ennemie (troisième partie)
Quand Curtis remonta dans la chambre, Joan s’était endormie. Il la regarda un moment, songeur, posa sans bruit la tisane sur la table de nuit et redescendit. Myriam était rentrée, un peu intimidée, elle n’osa pas lui poser de questions, mais lui dit :

- Oncle Kim m’a fait savoir qu’ils n’avançaient pas beaucoup dans l’interrogatoire du suspect. Le colonel Gurney a demandé au Major Barrett de les rejoindre, le colonel et Kim vont venir se restaurer et voir avec vous comment continuer. Ils ne devraient pas tarder à rentrer.
- Je pense que Maëva ne tardera pas non plus, Myriam.
- Vous voulez manger ?
- Non, je vais les attendre.

Il ressentait le besoin d’être seul, de réfléchir. Il espérait que Simon passerait dans la soirée, mais connaissant le cerveau volant, rien n’était moins sûr : il pouvait rester aussi à l’hôpital. Curtis se rendit compte qu’il ignorait totalement comment Berenson avait passé la journée.

Il sortit dans le petit jardin, s’appuya contre le mur de la maison, les yeux tournés vers le ciel désormais bien sombre. Les étoiles brillaient faiblement, leur clarté était masquée en grande partie par la poussière des anneaux. Seul la luminosité du Soleil était suffisante pour passer à travers.

Il était inquiet pour Joan. Pas seulement pour le bébé. Il avait confiance en ce qu’avait dit Louise Darmont. Avec du repos, tout pouvait rentrer dans l’ordre. Mais il allait devoir la laisser sur Tyrial, alors qu’il avait toujours pensé qu’ils pourraient rallier Phoebe ensemble, quitte à devoir la laisser derrière lui s’il devait repartir en mission. En fait, même s’il savait possible et sûr de la laisser ici, il ne l’avait pas vraiment imaginé. La connaissant - et surtout depuis qu’ils avaient appris qu’Isabella Randall se trouvait sur Phoebe - il savait pertinemment qu’elle allait vouloir le suivre. En une journée, il avait cependant parfaitement compris que Joan serait tout à fait en sécurité sur l’astéroïde. Il ignorait encore qui de leurs compagnons de galère viendrait avec eux, du moins, précisément. Mais il pourrait laisser Joan en toute confiance à ceux qui resteraient ici.

Mais cette idée lui était insupportable ! Il se sentait tiraillé comme rarement dans son existence - la dernière fois avait été, déjà, pour Joan, quand il faisait face à ses propres sentiments - entre son devoir d’homme et son devoir de Capitaine. Il leur était impossible de rester sur Tyrial encore plusieurs semaines, il leur fallait rejoindre Carthew au plus tôt, c’était leur devoir. Personne ne comprendrait s’il retardait ce départ ou s’il restait en arrière, sauf peut-être Ezra. Et il ne pouvait emmener Joan avec lui, c’était désormais certain.

- Ce que je veux faire, je n’ai pas le droit de le faire. Et ce que je dois faire, je ne le veux pas !, souffla-t-il aux étoiles.

Une voix grave et amicale se fit entendre alors.

- Un souci, Capitaine ?

C’était Ezra. En rentrant avec Kim, il avait aperçu sa silhouette au-dehors, et après un bref échange de regards avec Kim, il était sorti. D’un pas lent, un peu lourd, dans lequel on sentait la fatigue de la journée, il s’approcha. Curtis le fixa, et malgré la nuit, ils pouvaient distinguer les traits de leurs visages.

- Oui, Ezra.
- Joan ?
- Oui. Elle doit rester au repos. Le bébé est trop bas et son col est légèrement ouvert. Rien de grave a dit le médecin, mais repos obligatoire. Port de charges interdit, stations assise ou debout prolongées, interdit. Voyage interdit.
- Pour combien de temps ?
- Tant que tout n’est pas rentré dans l’ordre, mais au mieux, un bon mois.

Ezra hocha la tête, compréhensif. Pas besoin d’en dire plus, il avait compris la situation. Et comprenait aussi parfaitement les hésitations du futur père. Il se demanda si, un jour, tous les deux pourraient connaître des moments de sérénité dans leur relation.

- Je resterai avec elle, si tu veux. Je crois que Maëva a l’intention de rester également ?
- Oui. Mais Ezra, ce n’est ni à toi, ni à Maëva de rester avec elle, c’est à moi !

Ils se fixèrent un moment, droit dans les yeux. Malgré les ombres, Ezra pouvait distinguer une sorte de rage dans ceux de son ami. Il lui posa la main sur l’épaule.

- Curt, vous venez d’apprendre la nouvelle. Ca fait beaucoup d’émotions et aucun d’entre nous n’a encore eu le temps de digérer tout ce que nous avons eu à affronter, pas même toi. N’exige pas plus de toi que ce que tu peux faire et donner ! Reste le plus possible avec Joan, demain. Andrew poursuit l’interrogatoire ce soir et en début de nuit. On a décidé de ne pas laisser Ivanov souffler. Moi, je vais me reposer un peu ici, et avec Kim, on retournera le cuisiner vers minuit. Andrew reviendra alors et se reposera à son tour. On a recueilli aussi les témoignages des ex-gardiens. Mais tout cela peut bien attendre un peu que tu en prennes connaissance, il n’y a rien de bien important à mon sens, du moins, ils savaient très peu de choses. Pour le reste, nous ne sommes pas à un jour près pour rallier Phoebe ! Carthew comprendra parfaitement aussi que nous organisions ce voyage dans les meilleurs conditions de sécurité pour nous tous, surtout après ce qu’on a connu !

Curtis ne répondit rien, il finit par soupirer. Il regarda à nouveau vers le ciel. Ezra voyait les contours de son visage se dessiner sur les lueurs provenant de la maison. Il n’ajouta rien, puis rentra. Curtis le suivit peu après.


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Lun 16 Déc 2013 - 18:10
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Sujet du message: [cadavre exquis] Les visages de mon ennemie (troisième partie)
Hello les filles !

je me suis quand même demandée si je ne poussais pas le bouchon un peu loin dans la guimauve romantique [loveu] ...

bon, j'assume, c'est pas le problème !, c'est juste que pour l'histoire... plausible ou pas ? (depuis quand on se soucie d'être plausible, et bien si Wink !)

tout ça parce que j'avais imaginé ce genre de conversation entre Ezra et Curtis, et de mettre une fois encore le Capitaine face à la question du choix...

peut-être faudrait-il que j'envisage d'autres questions ???

ma foi, je m'en pose des... questions ! Cherchez pas, je ne suis pas encore très bien réveillée [unconscious]... vivement demain que je puisse dormir un peu plus tard... Very Happy

voici une suite, rédigée hier soir...

bizz et belle journée [flower]

Limeye Smile



Ezra et Kim dînèrent rapidement, Maëva rentra vers la fin du souper, avec Nekiri. Elle devina rapidement qu'il y avait un souci, Ezra lui ayant fait un petit signe de connivence. Elle ne voulut pas poser de questions concernant l'absence de Joan au repas. Le chef pirate et le colonel prirent ensuite un peu de repos, pour retourner chez Arko dans la nuit. Nekiri les informa qu'il avait pu, avec Andrew et Okapaï, dans la journée, voir tous les hommes de leur aventure, y compris les ingénieurs, les gardiens. Tous passeraient dans les prochains jours à l'hôpital pour les examens.

Entendant parler de l'hôpital, Curtis demanda à Maëva comment se portait Berenson :

- Pour l'heure tout va bien, mais il est encore trop tôt pour se prononcer avec certitude. Néanmoins, je pense qu'il a désormais toutes les chances de survivre.
- Et bien, dit Curtis avec soulagement, nous aurons au moins réussi cela.
- Vous avez réussi bien plus, Capitaine, vous semblez l'oublier, lui répondit-elle.

Elle était vraiment intriguée par son attitude et le ton qu'il employait. Elle commençait à s'inquiéter pour Joan. Elle n'avait pas recroisé la docteur Darmont de l'après-midi, après leur visite. Elle ignorait tout des résultats de l'échographie.

Nekiri opina. Lui aussi trouvait le Capitaine bien dur avec lui-même. Il ajouta :

- Je ne sais ce que vous avez l'intention de faire dans les prochains jours, mais pour l'heure, je vais comme le Major Barrett reprendre mon rôle d'épicier ! Myriam, demain, tu viendras avec moi. On ira aussi voir Jade - c'est la femme d'Arko, Capitaine, Docteur - pour nous organiser pour la nourriture pour les prochaines semaines. Nous sommes bien approvisionnés, mais j'irai bien jeter un coup d'oeil dans nos stocks.
- D'accord, Nekiri, dit Myriam. Bon, je vais aller me coucher, ajouta-t-elle en bâillant. Si vous avez besoin de quelque chose...
- Ne t'inquiète pas, Myriam, nous trouverons, lui répondit Maëva avec un sourire. Repose-toi, tu as beaucoup fait depuis notre arrivée !

Nekiri la suivit peu après, et Curtis et Maëva restèrent seuls dans la grande salle.

- Maëva, il y a un souci pour Joan et le bébé, lui dit-il d'emblée, dès qu'ils furent tranquilles.
- Lequel ?

Il lui expliqua rapidement la situation et ce que la docteur Darmont avait préconisé.

- Si elle est réveillée, tout à l'heure, je reprendrais sa tension. Il faut la surveiller régulièrement. Ce n'est pas très grave, comme vous l'a dit ma collègue, mais en effet, elle doit se reposer. Elle ne s'est pas ménagée !
- J'aurais dû...
- Qu'auriez-vous dû faire, Capitaine ? Aucun de nous ne pouvait se permettre de rester les bras croisés sur le météore. Et si ça se trouve, de toute façon, cela est dû au voyage à bord du Phénix, aux turbulences que nous avons traversées, et non à notre séjour sur le météore. Ou alors, c'est purement physiologique, cela arrive aussi. Toujours est-il qu'il ne sert à rien de vous demander ce que vous auriez dû faire, mais plutôt que nous fassions en sorte qu'elle récupère et que tout rentre dans l'ordre.
- C'est la voix de la sagesse, Maëva.
- Je crois que je vais en avoir bien besoin encore pour quelque temps..., lui répondit-elle avec un petit sourire malicieux. Allons, que diriez-vous de monter son repas à Joan et si elle se réveille, je contrôlerai sa tension. Sinon, nous la laisserons dormir et je pense que ça ne vous fera pas de mal de retrouver votre lit vous aussi. Quant à moi...
- Même programme ?
- Tout à fait !

Ils préparèrent un bol de soupe à Joan, et une part du dessert aux fruits, puis gagnèrent l'étage. Elle se réveilla en les entendant entrer, adressa un faible sourire à Maëva.

- Tu es au courant ?
- Oui, le Capitaine m'a tout raconté. Je n'ai pas revu la docteur Darmont par contre en partant ce soir, mais je me débrouillerai pour parler avec elle demain.
- Elle a prévu de passer me voir demain. Mais je ne sais pas à quel moment.
- Excellente raison alors pour rester ici... Bon, je vais te prendre ta tension, et après, je te laisse manger et dormir.
- Bien, docteur...

Quelques instants après, Maëva lui annonça :

- Elle est toujours un peu basse, mais bien équilibrée. C'est normal. Rien d'inquiétant. On verra demain matin. Dormez bien !
- Toi aussi, Maëva.
- Merci, Maëva. A demain.

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Lun 16 Déc 2013 - 18:10
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Sujet du message: [cadavre exquis] Les visages de mon ennemie (troisième partie)
Un dernier tiboutte, écrit hier soir aussi. La suite... ce soir ou demain, selon...

bizz

Limeye Smile


Curtis aida Joan à s'installer, adossée aux oreillers. Elle prit le bol de soupe, elle n'avait pas vraiment faim, mais, songeant aux nausées qui la prendraient demain matin, elle se dit qu'il valait mieux avoir quelque chose dans le ventre. Au bout de quelques cuillères, elle se rendit compte que le repas lui faisait du bien. Curtis s'activait à ranger quelques affaires, se préparait pour la nuit, il voulait la laisser manger tranquillement.

Il finit par s'asseoir sur le bord du lit, face à elle. Elle reposa son bol, appuyant sa tête complètement contre les oreillers, un peu en arrière. Il lui prit la main, la regarda longuement.

- Je ne vais plus avoir le choix, dit-elle au bout d'un petit moment. Je vais devoir rester ici.
- Pas forcément pour très longtemps. Il sera toujours possible que tu ailles sur Phoebe.
- Quand vas-tu... partir ?

Il soupira. Il n'avait pas envie de parler de cela ce soir. Lui-même ne savait absolument pas encore ce qu'il allait faire, ni surtout quand et comment il le ferait. La laisser ici, partir à nouveau, courir le risque de peut-être la laisser seule face à une fausse couche, le rendait malade.

Il se rapprocha d'elle, la prit contre lui. Elle ferma les yeux, s'abandonna à sa tendresse.

- Je n'ai pas envie qu'on parle de cela, ce soir. Peut-être pour la première fois de ma vie, je ne sais pas quoi faire. Mais vraiment pas quoi faire.
- J'ai peur, Curt. Je ne sais pas pourquoi j'ai autant peur. Peut-être plus encore qu'à bord du Balkan. J'ai l'impression d'être une petite poupée de chiffon, toute molle, sans énergie, sans volonté. Faible. Mais pas seulement physiquement. Mentalement, aussi. Tout me touche, m'émeut. J'ai l'impression d'avoir des larmes au coin des cils en permanence. Qu'il suffit d'un rien pour que je me transforme en une vraie fontaine.
- Il faudra que tu le dises au docteur, et à Maëva aussi. Il y a peut-être une explication à cela. Peut-être certaines carences te rendent-elles plus faible. Je veux dire que ce n'est pas seulement le contrecoup de tout ce que nous avons vécu...
- Oui, peut-être.

Il commença à lui caresser doucement les cheveux. Il aimait tant glisser ses doigts entre ses mèches blondes, surtout celles qui ondulaient légèrement, comme entourant sa main. Elle continua, elle sentait le besoin de parler un peu :

- Je me sentais si bien, ce matin... si reposée, si apaisée... et ce soir... si perdue... comme un petit animal craintif.
- Nous avons eu une journée éprouvante, aussi, ma douce. Veux-tu que je te masse un peu le dos ?

L'idée lui plut. Elle s'allongea, un peu sur le côté, pas tout à fait sur le ventre, glissant l'oreiller sous sa tête. Myriam lui avait prêté des vêtements, mais aussi une jolie chemise de nuit en coton. Pas forcément hyper sexy, mais jolie. Curtis la fit remonter jusqu'à ses épaules, et lui couvrit les jambes et le bas du dos avec les draps. Il lui détendit chaque muscle, surtout ceux des épaules et autour des omoplates. Il comprit au bout d'un moment, à sa respiration régulière qu'elle s'était endormie. Il tendit le bras, éteignit la lampe de chevet et se coucha contre elle, la protégeant non par sa force, mais par sa tendresse.

Limeye

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Lun 16 Déc 2013 - 18:10
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O-tho
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Sujet du message: [cadavre exquis] Les visages de mon ennemie (troisième partie)
Coucou Frégo, O-tho, je vois que vous êtes là, coucou aux autres pour plus tard !

insomnie, je me suis donc remise dans cette histoire... voici une suite, avec une petite révélation concernant Kim...

bizz et bonne lecture ! Dites-moi si je m'enferre trop moi aussi Wink

Limeye Smile


En milieu de nuit, Kim et Ezra se relevèrent. Ils s'installèrent à la cuisine, se préparèrent une bonne dose de café, mais aussi des sandwichs pour tenir pour le reste de la nuit. Le visage un peu tendu du colonel inquiéta Kim. Quelque chose clochait, il aurait aimé savoir de quoi il retournait. Il se demandait si Miss Randall n'avait pas un souci de santé, ce qui aurait pu expliquer l'inquiétude du Capitaine, du Colonel et l'attention que lui portait la Docteur Sanchez. Il allait poser une question à Ezra lorsque la porte s'ouvrit. C'était Simon qui rentrait.

- Oh, bonsoir, Kim, Ezra. Je ne pensais pas trouver quelqu'un debout à cette heure.
- Bonsoir, professeur, répondit Kim. Nous nous relevons pour poursuivre l'interrogatoire d'Ivanov.
- Qu'en est-il ?
- Murdoch a révélé tout ce qu'il savait, je pense, continua Ezra. Mais Ivanov nous donne du mal. Andrew et Grabo ont dû continuer à le cuisiner toute la soirée, nous allons les relayer.
- Je comprends.
- Comment ça se passe à l'hôpital ?, demanda Kim. Comment va Bérenson ?
- Il va bien. Son état s'est stabilisé depuis que nous avons atterri. Je pense qu'il s'en sortira. Quant aux analyses de sang, nous en avons effectué une partie. La plupart de vos hommes sont en bonne santé, Kim. Et pour certains, il ne faudra pas grand-chose pour les remettre en forme. Certains gardent encore des traces de blessures survenues lors du chantier, mais rien d'alarmant.
- Merci pour votre aide, professeur. Votre participation et celle de la Docteur Sanchez sont certainement très appréciées des médecins.
- C'est notre devoir, Kim. Je suis passé voir Grag au vaisseau. Tout est calme, mais il commence à s'ennuyer. Il va falloir que je lui donne quelque chose à faire. Où est Mala ?
- Au poste de communications, répondit Ezra. Curtis l'y a laissé pour prendre le relais de Timarrow pour les écoutes.
- Oh, bien.
- Si vous pensez avoir besoin de votre robot pour quelque chose, professeur, je peux placer un ou deux hommes à bord du Phenix. L'astroport est de toute façon sous surveillance, je peux la faire renforcer. Vous craignez quelque chose ?
- Je ne voudrais pas que l'on nous fausse compagnie...
- Il faudrait être fou pour piloter autour de Tyrial sans aide... Il n'y a pas grand-monde à pouvoir le faire, même parmi mes hommes.
- Certes, mais nous devons rester sur nos gardes.
- Je donnerai des ordres, demain, et Grag pourra quitter le Phenix.

Kim se resservit un café, puis alors que le silence se prolongeait, il osa poser la question qui le démangeait.

- Professeur, Colonel, nous sommes ensemble depuis plusieurs semaines. Je vous ai fait confiance, comme vous m'avez confiance, et le Capitaine aussi. Je vous ai ouvert les portes de mon refuge, je sais que vous ne nous trahirez pas, et je ne supporterai pas non plus que quiconque ici tente quelque chose contre l'un d'entre vous. Cela ne me regarde peut-être pas, mais vous êtes en quelque sorte mes invités, or depuis quelques jours - cela a commencé à bord du Phenix -, je mesure que vous êtes soucieux pour Miss Randall. Cela m'intrigue et je vous l'avoue, me soucie également. Qu'en est-il ?

Ezra et Simon échangèrent un "regard". Ezra poussa un léger soupir, mais ce fut Simon qui prit la décision de répondre à Kim :

- Sans me tromper de beaucoup, Kim, je pense que Curtis accepterait que je vous dise ce qu'il en est. Miss Randall est enceinte, et il y a quelques complications. J'ai parlé avec la Docteur Darmont, en fin de journée.

Simon, en prononçant sa dernière phrase, s'était adressé autant à Kim qu'à Ezra.

- Curtis m'en a parlé un peu hier soir, Simon. Il est inquiet, mais surtout...
- Indécis ?, demanda Simon.
- Oui.

Ezra poursuivit, pas fâché de mettre Kim Ivan dans la confidence : le chef pirate pouvait peut-être proposer quelque chose, qui les aiderait tous à prendre une décision.

- Elle ne va pas pouvoir quitter Tyrial, en tout cas, pas avant plusieurs semaines. J'ai proposé de rester avec elle, je sais que la Docteur Sanchez restera aussi, quoique décide de faire le Major Barrett. Maëva vous fait parfaitement confiance et se sent en sécurité ici, elle restera aux côtés de Joan, c'est son devoir de médecin, mais aussi... par amitié.
- Je comprends. Mais le Capitaine, lui, ne sait que faire...

Simon plana légèrement au-dessus de la table, vint s'y poser.

- Cette aventure nous a déjà tous placé devant des choix draconniens. C'en est un de plus pour Curtis, dit-il.
- Pouvez-vous me dire ce qu'il en est exactement ?
- Elle risque une fausse couche si elle ne se repose pas. Tout peut rentrer dans l'ordre, avec du repos. Mais pour cela, il faut du temps.
- Le temps, murmura Kim, nous n'avons cessé de nous battre contre lui... Quoiqu'il en soit, je peux vous garantir la sécurité de Miss Randall et de la Docteur Sanchez. De toute façon, aucune de nos femmes ne supporterait que l'un d'entre nous s'en prenne à une autre femme. Toutes veilleront sur elles, à leur manière. Mais nous prendrons aussi le temps d'aller sur Phoebe. Je comprends le sens du devoir qui pousse le Capitaine, mais il faut aussi qu'il réfléchisse à ses différents devoirs.

Le chef pirate resta un temps songeur. Puis il reprit :

- Quelque part, je suis responsable de la mort de mes deux neveux, mais aussi de mon beau-frère. Ma soeur et lui auraient pu mener une vie tranquille, sur Mars, si, en écoutant mes récits de jeune pirate fougueux et en voyant les richesses que je ramenais de mes expéditions, celui-ci n'avait pas voulu me suivre. Il est mort dans une embuscade, laissant ma soeur avec trois enfants, dont un attardé mental. Mais au lieu d'en tirer la vraie leçon, j'ai continué ! J'ai voulu apporter à ma soeur et à ses enfants un avenir à l'abri du besoin. Ce n'est pas la seule raison pour laquelle j'ai fait ce que j'ai fait, mais c'en est une. Seulement, Mickey et Thomas m'ont suivi... Et maintenant, le résultat, c'est que Myriam n'a plus d'autre famille que moi. J'ai contribué à ce que mes neveux deviennent orphelins. J'assume tous mes choix personnels, mais je sais que je suis responsable de trois morts, mon beau-frère, mes deux neveux, et indirectement, de la maladie de ma soeur. Sans le souci qu'elle se faisait, elle serait peut-être encore en vie aujourd'hui. Alors que l'on soit chef pirate ou un capitaine épris de justice et de liberté, il ne faut pas s'enferrer. Je sais que le Capitaine met de côté bien des préoccupations personnelles, mais il s'agit là d'une vie dont il est entièrement responsable. Et cela compte parfois bien plus qu'un combat que l'on mène ou la soif de richesses.

Limeye

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